Elle rêve de faire remarcher les paraplégiques

Portrait : Jocelyne Bloch a été la première femme neurochirurgienne romande. La native de Genève est professeur associé à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne.

Elle nous reçoit dans son bureau au CHUV, un petit espace où elle mène des recherches pointues – au retentissement planétaire – qui permettront peut-être un jour aux victimes d’attaques cérébrales de retrouver leur mobilité perdue et aux paraplégiques de remarcher. Au quotidien, au sein de l’hôpital universitaire vaudois où elle a gravi tous les échelons, la jeune professeure associée Jocelyne Bloch prend en charge, avec ses collègues, toutes les urgences qui arrivent dans le service. La Vaudoise a été la première femme neurochirurgienne de Suisse romande.

« Traumatisme craniocérébral, tumeur, hydrocéphalie, hématomes, hernies discales, c’est de la neurochirurgie générale que chacun doit maîtriser », explique Jocelyne Bloch, en charge au CHUV du programme de neurochirurgie fonctionnelle, sa spécialité. La Vaudoise, qui a grandi à Vevey, mère de deux enfants et mariée avec un chirurgien, donne cette semaine sa leçon inaugurale.

L’événement s’inscrit logiquement dans la brillante carrière de Jocelyne Bloch, tôt abonnée aux défis. Naturelle et directe, chaleureuse et retenue à la fois, elle prend plaisir à évoquer les étapes de son parcours professionnel. «Très jeune déjà, j’étais fascinée par les découvertes scientifiques, par la persévérance de ces hommes et ces femmes à défendre et faire triompher leurs idées.» Douée pour les langues, elle a fait son collège en langues modernes. «Du coup, ce fut difficile au début de mes études. Je n’étais pas nulle en maths, mais pas un génie non plus! Je pousse mes enfants à choisir la filière scientifique car je pense que c’est plus facile de rattraper une langue que les maths!» En 3e année de médecine déjà, elle sait qu’elle veut faire de la neurochirurgie. «J’ai très vite effectué des stages, aussi à l’étranger. Je savais que cela ne serait pas facile car aucune femme n’avait encore été acceptée dans cette formation. Aujourd’hui, heureusement, c’est différent.» Les difficultés n’ont jamais constitué un frein. «Au contraire, c’est excitant!» Pour la chercheuse, la ténacité et la persévérance font la différence. Davantage que l’intelligence. «Des gens intelligents, il y en a beaucoup!»

Elle croit aussi aux liens tissés, au réseau que l’on construit. Diplôme de médecine en poche, elle postule pour une place dans le service de neurochirurgie dirigé alors par le professeur Nicolas de Tribolet. «Il me connaissait comme stagiaire, j’avais aussi donné des coups de main pour l’organisation de congrès, cela a facilité les choses.» Il fut pour elle un patron charismatique et inspirant. Lui-même, aujourd’hui retiré des affaires, la tient en haute estime. «Elle n’avait peur de rien. Elle a une capacité exceptionnelle à se concentrer sur l’essentiel. J’ai un immense respect, et aussi de l’affection, pour sa personnalité, son intelligence et sa grande humanité», témoigne celui qui lui a mis le pied à l’étrier.

Rude baptême du feu

Elle poursuit sa formation à Zurich puis revient au CHUV faire de la recherche, sous la houlette de Patrick Aebischer. Son baptême du feu, elle le vivra avec le professeur Jean-Guy Villemure, qui, en 1997, a repris la direction du service de neurochirurgie. Il l’engage comme rien de moins que cheffe de clinique adjointe. «J’ai passé les six mois les plus difficiles de mon existence, j’ai dû perdre cinq kilos! J’avais encore peu d’expérience, je devais prendre des décisions majeures pour la vie des gens et néanmoins éviter de trop solliciter mes supérieurs durant les opérations. Je m’étais donné six mois. Et, comme par enchantement, cela a marché.»

Le métier requiert des décisions rapides tout en restant flexible. Deux traits de caractère hérités d’un père bâlois qui fut cadre dans la grande distribution et d’une mère française d’Algérie enseignante. «La rigueur, c’est mon père! Ma mère m’a donné un côté plus fantaisiste, et aussi le goût d’expliquer et de transmettre les choses avec clarté.» Ce que la neurochirurgienne, devenue une «people» très sollicitée, réussit parfaitement lorsqu’elle présente ses projets de recherche au grand public. Un exercice auquel elle se plie volontiers, notamment pour Neurocellia, l’association créée pour récolter des fonds pour son projet de greffes de cellules.

Projets de recherche prometteurs

Ce qui importe, c’est de pouvoir mettre les découvertes au service de nouvelles thérapies pour les patients», affirme la spécialiste qui a chevillé au corps le désir de redonner la santé aux malades. Trois ou quatre fois par an, elle s’envole pour Pékin pour implanter dans le cerveau et la moelle épinière de singes paralysés des électrodes capables de les faire remarcher. Le projet, dirigé par le professeur Grégoire Courtine, de l’EPFL, est prometteur, puisqu’un essai clinique avec huit patients a pu démarrer à Lausanne en 2016.

L’autre grand espoir de Jocelyne Bloch, et de son collègue Jean-François Brunet, est d’obtenir enfin le feu vert de Swissmedic pour prélever, cultiver et réimplanter sur des patients ayant subi un AVC leurs propres cellules. Depuis quatre ans, les essais sur les singes ont clairement démontré leur potentiel de restauration de la motricité. Elle s’avoue découragée par l’excès d’exigences de Swissmedic. «Je m’étonne de tenir encore, mais oui, j’espère toujours.» Jocelyne Bloch tiendra, c’est sûr. (TDG)

Source : https://www.tdg.ch/portraits/Elle-reve-de-faire-remarcher-les-paraplegiques/story/29539386

Posté dans Actualités
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