Salut à tous,
Je voudrais faire un p’tit commentaire sur l’interview du Pr Privat paru dans le dernier supplément “Paratetra n°3” du magazine “FaireFace” :
www.paratetra.apf.asso.fr 
1) Concernant le projet européen RESCUE des cellules souches humaines
http://alarme.asso.fr/forum/index.php/topic,1750.0.html il envisage que
“ce type de greffe pourrait être utilisée à la fois en phase subaiguë, permettant une repousse axonale, ou à distance du traumatisme afin de réactiver certaines fonctions. (...) En effet, nous tentons de réveiller des groupes de neurones responsables de la locomotion en greffant dans leur voisinage des cellules libérant un neuro transmetteur. Ceci pourrait améliorer la locomotion réflexe ou le contrôle urinaire et génital. Nous l’avions déjà démontré avec des cellules embryonnaires, mais là, ce serait possible avec des cellules souches adultes.”Mon avis est qu’il n’y a finalement pas grand chose à attendre de ce projet de recherche en terme de récupération fonctionnelle pour les lésions chroniques, car il semblerait que l’intérêt de ce programme pour les lésions chroniques n’est “que” de permettre l’utilisation de cellules souches adultes à la place de cellules embryonnaires, pour recycler cette vieille idée d’activer de façon autonome certaines fonctions réflexes (patern de la marche, reflexe spinal vésical et sexuel) !
2) L’autre idée du Pr Privat est d’empêcher la formation de la cicatrice gliale de façon temporaire pour permettre la repousse axonale, en utilisant une nouvelle technique génétique qui a montré que
“le simple brin d’ARN (acide ribonucléique) transmet l’information responsable de la synthèse de la protéine qui va former la fameuse cicatrice gliale. Cet ARN est d’ailleurs appelé “ARN messager”. La technique mise au point par ces chercheurs, et que nous affinons, consiste à mettre au contact de l’ARN messager un second brin “miroir” qui bloque la traduction de ce messager en protéine, et empêche ainsi la cicatrice de se former.”Outre le fait qu’il dit lui-même que la mise au point de cette technique sera
“longue, lente, lourde et onéreuse”, nous verrons ce que cela apportera de plus pour dissoudre la cicatrice gliale que le Chondroitinase (déjà au stade pré-clinique)
http://alarme.asso.fr/forum/index.php/topic,67.0.htmlou d’autres voies thérapeutiques pour permettre la repousse axonale comme l’IN-1 (anticorps anti-NOGO), le Cethrin (antagoniste de Rho), ou le Neuropeptide (dérivé de la SCO-Spondine)...
Ces 3 dernières thérapeutiques sont annoncées comme permettant une repousse axonale à travers la cicatrice gliale, donc utilisables pour traiter les lésions médullaires chroniques :
*IN-1 (anticorps anti-NOGO) :
http://alarme.asso.fr/forum/index.php/topic,50.0.html*Cethrin (antagoniste de Rho) :
http://alarme.asso.fr/forum/index.php/topic,48.0.html*Neuropeptide (dérivé de la SCO-Spondine) :
http://alarme.asso.fr/forum/index.php/topic,471.0.html3) Le point le plus intéressant de l’interview du Pr Privat concerne son avis sur la capacité qu’ont les axones à s’auto-réparer.
“Nous l’avons démontré sur des modèles de souris transgéniques : quand la cicatrice gliale ne les freine pas, d’une part les axones repoussent mais surtout, ils se dirigent vers les bonnes cibles. Ce phénomène de reconnaissance s’expliquerait par la mémoire du développement du système nerveux embryonnaire et foetal. Ceci est fondamental, parce qu’une repousse anarchique serait désastreuse !”Effectivement, la clef se trouve là : les axones lésés repoussent en se dirigeant vers leurs cibles d’origine. Car si les neurones perdus posent bien sûr un problème pour la récupération des fonctions liées au niveau neurologique atteint, par contre
“la moelle épinière n’est pas détruite en dessous de la lésion”. Ceci explique pourquoi, dans l’essai clinique en cours au Canada/USA avec le Cethrin, une majorité des patients avec lésions complètes sont passés du statut ASIA A à ASIA C, car les axones lésés ont repoussés et se sont reconnectés avec leurs bonnes cibles. Concernant par ex. le neuropeptide dérivé de la SCO-Spondine, les tests précliniques montrent que ce neuropeptide a une réelle efficacité sur la repousse des axones suite aux lésions médullaires. Dans le courant 2008, la société Cells4Health devrait commencer l'application de ce neuropeptide sur des patients. A priori, les résultats devraient être bons, avec ou sans combinaison avec des cellules souches... À suivre.
Par contre, les thérapies nécessitant une ablation chirugicale de la cicatrice gliale ont l’inconvénient d’enlever en même temps des fibres nerveuses ayant survécu
(cf. Olfactory Mucosa Autografts in Human Spinal Cord Injury: A Pilot Clinical Study - Dr Lima). Les techniques conservatives ont l’avantage de conserver ces fibres nerveuses intactes ou démyélinisées.
4) Pour finir, l'avis du Pr Privat sur l'application des thérapies à l'homme nous incite à l’optimisme :
“Dans les cinq ans qui viennent, des essais porteront sur la régénération des axones chez l’homme, en France ou dans d’autres pays. Je reviens de Londres où un mini-symposium a rassemblé des chercheurs du monde entier qui travaillent sur la moelle épinière. Il est clair que l’on est en train de passer de la recherche fondamentale, en laboratoire, à la recherche clinique, sur l’homme. Nous tournons la page ! Je n’aurai pas pu dire cela il y a cinq ans !”5) En conclusion, je dirais donc qu’il y a beaucoup de raisons d’être optimistes sur l’application clinique dans les toutes prochaines années de thérapies innovantes permettant une récupération, au moins partielle, des fonctions perdues suite à une lésion de la moelle épinière. Sans rêver de redevenir comme avant l’accident, il est dorénavant raisonable d’affirmer que les lésions médullaires vont pouvoir être traitées à court et moyen terme, et notamment en europe occidentale. Et ceux qui prétendent actuellement le contraire, médecins ou autres, n’ont pas pris connaissance des informations récentes dans le domaine des neurosciences, et donnent alors de faux “désespoirs” aux patients et à leurs familles !
Voilà... À vos avis ;)